Un enfant asthmatique qui n’utilise pas de spacer avec son inhalateur, c’est comme essayer de remplir un verre avec un tuyau d’arrosage : beaucoup d’eau se répand par terre, et peu arrive à destination. Les spacers, ces petits tubes en plastique souvent ignorés, sont pourtant la clé pour que les médicaments atteignent vraiment les poumons. Dans 73 % des cas, les enfants utilisent correctement leur inhalateur quand un spacer est ajouté - sans lui, ce taux chute à moins de 30 %. C’est une différence énorme, surtout quand chaque dose mal délivrée peut mener à une crise, une visite aux urgences, ou pire.
Les spacers ne sont pas un accessoire de luxe. Ce sont des dispositifs médicaux essentiels, recommandés par l’Organisation mondiale de la santé, l’American Academy of Pediatrics et l’Initiative mondiale contre l’asthme (GINA) depuis plus de 25 ans. Pour les enfants de moins de 5 ans, ils sont même préférés aux nébuliseurs. Pourquoi ? Parce qu’ils éliminent le besoin de synchroniser parfaitement l’appui sur l’inhalateur avec la respiration - une tâche impossible pour un tout-petit.
Un spacer, c’est simplement un tube, généralement de 10 à 20 cm de long, que vous connectez à l’inhalateur. Quand vous appuyez sur l’inhalateur, le médicament se retrouve piégé dans ce tube, comme dans une petite chambre d’air. L’enfant peut alors respirer calmement, pendant 15 à 20 secondes, en prenant 4 respirations normales. Le médicament pénètre profondément dans les voies respiratoires, là où il fait vraiment effet.
Contrairement aux nébuliseurs, qui sont bruyants, encombrants et nécessitent une prise de courant, un spacer est léger, silencieux, et peut tenir dans une poche. Une étude publiée dans JAMA Pediatrics en 2019 a montré que les enfants traités avec un inhalateur + spacer ont été admis à l’hôpital dans seulement 5 % des cas, contre 20 % avec un nébuliseur. Pour les crises sévères, la différence est encore plus marquée.
Et ce n’est pas juste une question d’efficacité - c’est aussi une question de sécurité. Moins de médicament reste dans la bouche ou la gorge, donc moins de risques d’effets secondaires comme les infections buccales ou la croissance ralentie. Les spacers permettent d’utiliser moins de médicament pour obtenir le même résultat, ce qui réduit les coûts et les risques à long terme.
Malheureusement, beaucoup de familles croient qu’elles utilisent bien leur spacer… mais elles se trompent. Voici les erreurs les plus fréquentes :
Les enfants plus jeunes utilisent souvent un masque facial, qui se fixe sur le nez et la bouche. Mais à partir de 5-6 ans, le masque devient inutile. Il faut passer à la bouche. Et là, un nouveau problème apparaît : beaucoup d’enfants ferment les lèvres autour du tuyau, ou respirent trop vite. C’est pourquoi la formation est cruciale - pas juste pour les parents, mais aussi pour les enseignants et les infirmières scolaires.
Un enfant asthmatique passe plus de 6 heures par jour à l’école. Et pourtant, dans 30 % des écoles en France, il n’y a pas de spacer disponible en cas d’urgence. Même dans les villes, les infirmières scolaires ne sont pas toujours formées à leur utilisation. Un enfant qui a une crise à 10h30 ne peut pas attendre que ses parents arrivent. Il a besoin d’un inhalateur et d’un spacer, immédiatement.
Les directives nationales, comme celles du Programme national d’éducation et de prévention de l’asthme (NAEPP), exigent depuis 2020 que chaque élève asthmatique ait un plan de soins personnalisé. Ce plan doit inclure :
42 États aux États-Unis imposent cette règle. En France, ce n’est pas encore obligatoire partout, mais les recommandations de la Haute Autorité de santé sont claires : les écoles doivent être prêtes. Les enfants qui ont accès à un spacer à l’école ont 37 % moins d’absences scolaires. C’est un gain pour la santé, mais aussi pour les familles et les écoles.
Les petits enfants utilisent souvent bien le spacer - surtout quand leurs parents le font avec eux. Mais à partir de 12 ans, tout change. Les adolescents veulent être comme les autres. Ils trouvent le spacer « trop bébé », « trop visible », « embarrassant ».
Une étude de 2022 a montré que les adolescents (14-18 ans) ont 80 % moins de chances d’utiliser correctement leur inhalateur que les enfants de 4 à 8 ans. Ils oublient de le prendre à l’école. Ils le laissent dans leur sac. Ils le refusent en public. Et quand ils en ont besoin, ils n’ont plus la technique.
La solution ? Ne pas les forcer. Les impliquer. Leur montrer que les sportifs de haut niveau, les musiciens, les acteurs - tous ceux qui ont besoin de respirer bien - utilisent des spacers. Leur donner des modèles plus discrets, plus modernes, en couleur, avec un étui qui ressemble à un petit boîtier de musique ou de téléphone. Certains fabricants proposent maintenant des spacers avec des designs de bandes dessinées ou de jeux vidéo - ça marche.
Et surtout : les former. Pas une fois, mais deux, trois fois par an. Les infirmières scolaires doivent faire des rappels. Les professeurs doivent savoir reconnaître une crise et comment aider. Un simple atelier de 15 minutes, tous les 4 mois, augmente la capacité d’urgence des écoles de 60 %.
Un plan de soins n’est pas un papier qu’on signe et qu’on oublie. C’est un outil vivant. Voici comment le rendre utile :
Les écoles qui font ça ont moins d’absences, moins d’appels aux urgences, et surtout, des enfants plus confiants. Ils savent qu’ils peuvent respirer, même à l’école.
Le futur arrive déjà. Des chercheurs aux États-Unis testent des spacers connectés, équipés de capteurs qui envoient une alerte sur le téléphone des parents quand l’enfant n’utilise pas son inhalateur correctement. D’autres sont en train de développer des applications qui montrent en vidéo la bonne technique, avec des jeux pour les enfants.
Le NIH a financé 2,5 millions de dollars pour un projet qui teste ces technologies dans 50 écoles d’ici 2025. En France, des associations comme Asthme & Allergies travaillent déjà avec des fabricants pour créer des modèles plus adaptés aux adolescents - plus fins, plus discrets, avec des couleurs qui ne les rendent pas « différents ».
Les spacers ne sont pas un outil du passé. Ce sont des outils de l’avenir - et ils doivent être accessibles à tous les enfants, partout. Pas seulement à ceux dont les parents savent comment les utiliser. Pas seulement à ceux qui vivent en ville. À tous.
Oui. Même si l’enfant n’a pas de crise, le spacer garantit que le traitement quotidien (comme les corticoïdes inhalés) atteint bien les poumons. Sans spacer, jusqu’à 80 % du médicament reste dans la bouche ou la gorge, ce qui augmente les risques d’effets secondaires et réduit l’efficacité du traitement. Le spacer n’est pas juste pour les urgences - c’est une partie essentielle du traitement de fond.
Non. Chaque spacer doit être attribué à un seul enfant. Même s’il est lavé, il peut conserver des traces de médicaments ou de bactéries. De plus, les spacers sont conçus pour être utilisés avec un type spécifique d’inhalateur. Utiliser un spacer d’un autre enfant peut entraîner une mauvaise dose ou une mauvaise technique. Les écoles doivent avoir un spacer par enfant asthmatique, stocké dans sa trousse de soins.
Vérifiez les signes d’usure : fissures, trous, déformation du tube, ou masque qui ne s’adapte plus bien. Si le spacer est devenu opaque ou cassant, remplacez-le. Même s’il semble intact, il faut le remplacer tous les 6 à 12 mois. La plupart des fabricants indiquent une durée de vie sur l’emballage. Et surtout : ne le laissez pas dans la chaleur ou au soleil - cela peut le déformer.
Parlez-lui sans le forcer. Montrez-lui des vidéos d’enfants comme lui qui utilisent des spacers - des sportifs, des musiciens, des acteurs. Offrez-lui un modèle avec un design qu’il aime : couleur, motif, étui. Expliquez-lui que ce n’est pas un signe de faiblesse, mais un outil comme un casque pour le vélo. Et assurez-vous que l’école le protège : un infirmier ou un professeur peut lui donner son inhalateur en privé, sans que les autres le voient. La discrétion réduit la honte.
Oui. Les spacers sont remboursés à 65 % par la Sécurité sociale, comme les inhalateurs. Un médecin doit prescrire le dispositif. Certains mutuelles les remboursent à 100 %. Si vous avez du mal à en obtenir un, demandez à votre médecin de vous orienter vers une association comme Asthme & Allergies, qui peut parfois fournir des spacers gratuits ou à prix réduit aux familles en difficulté.
Bob Hynes
1 02 26 / 22:55J'ai vu un gamin de 6 ans à Montréal utiliser son spacer comme un micro, il faisait des rimes en respirant. C'est devenu un jeu. Les enfants sont plus malins qu'on pense. Il faut juste leur donner un peu de magie.
Yassine Himma
2 02 26 / 00:39La science est claire : sans spacer, 70 % du traitement reste dans la bouche. C'est une négligence médicale systémique. Les médecins ne forment pas les parents, les écoles n'ont pas de stock, et pourtant on s'étonne que les hospitalisations augmentent. C'est du délire organisé.
daniel baudry
3 02 26 / 20:54Les spacers c'est bien mais bon on est en 2025 et on parle encore de tubes en plastique sérieusement on peut pas faire mieux ? Je veux dire un truc connecté qui vibre quand t'oublies de respirer