Pénuries de médicaments injectables : les pharmacies hospitalières les plus touchées

Pénuries de médicaments injectables : les pharmacies hospitalières les plus touchées

Les pénuries de médicaments injectables ne sont plus un problème isolé. Elles sont devenues une crise quotidienne dans les hôpitaux américains, et les pharmacies hospitalières en supportent le poids le plus lourd. Alors que les pharmacies communautaires gèrent parfois des ruptures de stock mineures, les établissements hospitaliers font face à des manques qui menacent directement la vie des patients. En juillet 2025, il y avait encore 226 médicaments en pénurie aux États-Unis - un chiffre en baisse par rapport à 270 au printemps, mais toujours alarmant. La majorité de ces ruptures concernent des produits injectables stériles, indispensables pour les soins critiques.

Les injectables : les premières victimes

Les médicaments injectables représentent environ 60 % de toutes les pénuries recensées. Pourquoi ? Parce qu’ils sont complexes à produire. Contrairement aux comprimés, les injections stériles nécessitent des environnements sans contamination, des équipements ultra-précis et des processus qui prennent des mois pour être validés. Une seule erreur dans une chaîne de production peut bloquer la livraison de centaines de milliers de doses. Et quand un fabricant arrête de produire, il n’y a pas de solution rapide. Les alternatives ne sont pas toujours disponibles, surtout pour des médicaments comme la cisplatine, l’épinéphrine ou les anesthésiques.

En 2024, 89 % des pénuries en cours avaient commencé en 2023 ou avant. Cela signifie que ce ne sont pas des ruptures passagères. Ce sont des défauts structurels. Un incendie à l’usine de Pfizer en Caroline du Nord en octobre 2023 a stoppé la production de 15 médicaments essentiels. Une défaillance de qualité à un site indien en février 2024 a coupé l’approvisionnement en cisplatine - un traitement vital pour les patients atteints de cancer. Aucun hôpital n’était préparé. Les équipes ont dû reporter des chirurgies, réduire les doses, ou même recourir à des traitements oraux, ce qui n’est pas toujours efficace.

Un système fragilisé par la concentration

Le problème ne vient pas seulement de la production. Il vient aussi de la concentration. Trois fabricants contrôlent à eux seuls 65 % du marché des solutions de chlorure de sodium et de chlorure de potassium - des produits de base pour les perfusions. Si l’un d’eux rencontre un problème, tout le système s’effondre. Et la majorité des ingrédients actifs pour ces médicaments sont fabriqués en Chine ou en Inde. Une grève, une inondation, ou une décision réglementaire dans ces pays peut bloquer des lignes de production entières.

En plus, les marges sont minces. 90 % des fabricants de génériques injectables travaillent avec des marges de 3 à 5 %. Pourquoi investir dans des lignes de production modernes ou des stocks de sécurité quand un simple changement de prix peut faire perdre de l’argent ? Résultat : peu de fabricants veulent prendre le risque. Et quand un produit devient rentable, les autres ont déjà cessé de le produire. Il n’y a plus de capacité de rechange.

Trois usines de production de médicaments, l'une effondrée, avec une seringue cassée au sol.

Les hôpitaux, les premiers touchés

Les pharmacies communautaires gèrent des pénuries sur 15 à 20 % de leur inventaire. Les pharmacies hospitalières, elles, voient entre 35 et 40 % de leurs médicaments essentiels en rupture. Et parmi ces ruptures, 60 à 65 % concernent des injectables. Les conséquences sont immédiates. 78 % des pharmaciens hospitaliers affirment avoir dû retarder des traitements pour des patients gravement malades au cours de la dernière année. Les anesthésiques sont les plus touchés - 87 % sont en pénurie. Les chimiothérapies (76 %) et les médicaments cardiovasculaires (68 %) ne sont pas en reste.

Un responsable de pharmacie au Massachusetts General Hospital a rapporté que 37 interventions chirurgicales ont été annulées au deuxième trimestre 2025 à cause du manque d’anesthésiques. Les patients attendent des semaines. Les équipes médicales sont épuisées. Les infirmières doivent surveiller des patients plus longtemps, car les traitements oraux ne fonctionnent pas aussi bien. Les pharmaciens passent en moyenne 11,7 heures par semaine à chercher des alternatives, à négocier avec des fournisseurs, à réécrire des protocoles. C’est du temps volé aux soins directs.

Des solutions improvisées, pas des solutions durables

Les hôpitaux ont dû inventer des stratégies de survie. Certains ont créé des comités dédiés aux pénuries. D’autres ont centralisé leurs stocks pour éviter les gaspillages. Beaucoup ont mis en place des protocoles d’échange thérapeutique - c’est-à-dire remplacer un médicament par un autre similaire, après validation par un comité. Mais ces solutions prennent des mois à mettre en place. Seuls 32 % des hôpitaux estiment que leurs équipes sont suffisamment dotées pour gérer la crise. 31 % n’ont aucun protocole formel, et s’appuient sur des décisions à la dernière minute - ce qui augmente les risques d’erreurs médicamenteuses.

Les pharmaciens racontent des histoires de débrouillardise : remplacer une perfusion de sérum physiologique par des boissons hydratantes orales pour des patients post-opératoires. Utiliser une dose réduite d’un médicament pour étendre le stock. Prioriser un patient sur un autre. 68 % des pharmaciens disent avoir vécu des dilemmes éthiques à cause de ces choix. Aucun ne veut dire qu’il a sacrifié quelqu’un. Mais ils savent que c’est arrivé.

Pharmacien hospitalier face à des patients anxieux, entouré de protocoles et d'horloges.

Les politiques n’ont pas encore fait la différence

Le gouvernement américain a annoncé des mesures. En 2023, une loi a exigé une notification plus rapide des pénuries. Résultat ? Une réduction de seulement 7 % de la durée des ruptures. En 2024, une ordonnance présidentielle a alloué 1,2 milliard de dollars pour relancer la production nationale. Mais les experts estiment qu’il faudra 3 à 5 ans avant que cela ait un impact réel. La FDA a lancé un plan stratégique pour prévenir les pénuries - mais sans pouvoir d’obligation. Elle peut recommander, pas imposer.

Les technologies modernes, comme la fabrication continue, pourraient rendre la production plus résiliente. Mais seulement 12 % des fabricants les utilisent. Pourquoi ? Parce que changer d’équipement coûte des millions, et que les marges ne le permettent pas. Les régulateurs n’ont pas encore trouvé le levier pour forcer les entreprises à investir.

Un avenir sombre pour les hôpitaux

En décembre 2024, 68 % des directeurs de pharmacie hospitalière prévoyaient que les pénuries d’injectables allaient rester au même niveau, voire s’aggraver, jusqu’en 2026. Les facteurs ne s’arrangent pas : les tensions géopolitiques, les catastrophes climatiques, la concentration des producteurs, les marges trop faibles. La crise n’est pas une tempête passagère. C’est un ouragan permanent.

Les patients qui dépendent des soins hospitaliers - les personnes âgées, les malades du cancer, les patients en soins intensifs - sont les plus exposés. Ceux qui ont besoin de médicaments injectables ne peuvent pas attendre. Ils ne peuvent pas passer à l’oral. Ils ne peuvent pas reporter leur traitement. Et quand le médicament manque, ce n’est pas une simple gêne. C’est une menace pour la vie.

Les hôpitaux font de leur mieux. Mais ils ne peuvent pas tout réparer. Sans réforme profonde du système de production, sans investissements massifs dans la résilience des chaînes d’approvisionnement, et sans mécanismes pour garantir des marges viables aux fabricants, les pénuries ne feront que s’aggraver. Les pharmacies hospitalières continueront de payer le prix fort - et les patients, eux, risquent de payer de leur santé.

Pourquoi les médicaments injectables sont-ils plus souvent en pénurie que les comprimés ?

Les médicaments injectables nécessitent une production stérile, ce qui implique des installations très coûteuses, des contrôles de qualité extrêmement stricts et des processus longs. Un seul défaut de fabrication peut entraîner le rejet de toute une série de doses. De plus, les marges sont très faibles (3-5 %), ce qui décourage les fabricants d’investir dans des capacités de production robustes ou des stocks de sécurité. Contrairement aux comprimés, les injectables ne peuvent pas être facilement remplacés par des alternatives orales, ce qui amplifie l’impact des ruptures.

Quels sont les médicaments injectables les plus touchés par les pénuries ?

Les catégories les plus affectées en 2025 sont les anesthésiques (87 % de pénurie), les chimiothérapeutiques (76 %) et les médicaments cardiovasculaires (68 %). Parmi les produits spécifiques, on trouve la cisplatine, l’épinéphrine, le fentanyl, les solutions de sérum physiologique et les sels de potassium. Ces médicaments sont essentiels pour les soins d’urgence, la chirurgie et le traitement des maladies chroniques.

Les hôpitaux ont-ils des solutions pour gérer ces pénuries ?

Oui, mais elles sont limitées. Les hôpitaux utilisent des stratégies comme la centralisation des stocks, l’échange thérapeutique (remplacement par un médicament similaire), la création de comités dédiés, et la recherche de nouveaux fournisseurs. Certains ont aussi modifié leurs protocoles cliniques pour utiliser des traitements oraux ou réduire les doses. Ces mesures réduisent les perturbations de 15 à 20 %, mais ne résolvent pas la cause profonde. La plupart des hôpitaux manquent de ressources et de temps pour mettre en œuvre ces solutions efficacement.

Pourquoi les fabricants ne produisent-ils pas plus de ces médicaments ?

Parce que les médicaments injectables génériques rapportent très peu. Les prix sont fixés à la baisse par les assureurs et les gouvernements, et la concurrence est féroce. Produire un injectable stérile coûte des millions, mais la marge est souvent inférieure à 5 %. Pour les entreprises, il est plus rentable de se concentrer sur des médicaments plus lucratifs. Résultat : peu de fabricants veulent maintenir des lignes de production pour des produits basiques, même si elles sont vitales.

Quel impact ont les pénuries sur les patients âgés ?

Plus de 30 % des personnes affectées par les pénuries de médicaments injectables ont entre 65 et 85 ans. Ces patients sont souvent hospitalisés pour des soins complexes - chirurgies, chimiothérapies, traitements cardiaques - qui dépendent directement de ces médicaments. Une rupture de stock peut retarder une intervention vitale, augmenter les risques de complications, ou forcer à utiliser des traitements moins efficaces. Pour eux, les pénuries ne sont pas une gêne administrative : c’est une menace directe pour leur survie.

Commentaires (1)

  • Delphine Lesaffre

    Delphine Lesaffre

    13 02 26 / 22:55

    Je vois ça tous les jours en hôpital. Un jour tu as ton épinéphrine, le lendemain c’est comme si elle avait disparu de la face de la Terre. Les infirmières doivent réinventer la roue chaque matin. C’est pas du stress, c’est de la survie. Et personne ne parle des conséquences sur le moral du personnel. On fait avec, mais on n’est pas des super-héros.

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