Programmes d'aide aux ordonnances : un soutien direct des fabricants pharmaceutiques

Programmes d'aide aux ordonnances : un soutien direct des fabricants pharmaceutiques

Vous avez une ordonnance pour un médicament coûteux, mais votre mutuelle ne couvre pas tout, ou vous n’avez pas de mutuelle du tout. Vous regardez le prix à la pharmacie, et vous vous demandez : comment faire pour ne pas devoir choisir entre manger et prendre votre traitement ? La réponse peut venir directement du fabricant du médicament.

Comment les fabricants aident les patients à payer leurs médicaments

Les grands laboratoires pharmaceutiques comme Pfizer, Merck ou Eli Lilly ont mis en place des programmes d’aide directe pour aider les patients à payer leurs traitements. Ces programmes existent depuis les années 1980, mais ils se sont multipliés à partir des années 2000, quand les prix des médicaments ont commencé à exploser. Aujourd’hui, 92 % des grands fabricants en proposent au moins un.

Il y a deux types principaux : les programmes d’aide aux copayements (copay assistance) et les Programmes d’Assistance aux Patients (PAP). Ils ne servent pas la même population, et ils ne fonctionnent pas de la même manière.

Copay assistance : pour les assurés qui paient encore trop

Si vous avez une assurance santé, mais que vous devez payer 50, 100 ou même 300 € par mois pour votre médicament, un programme de copay assistance peut vous aider. C’est souvent une carte ou un bon que vous présentez à la pharmacie. Le fabricant paie la différence entre ce que vous devez et le prix réel du médicament.

Par exemple, si votre ordonnance coûte 400 € et que votre mutuelle vous demande de payer 200 €, le programme peut réduire votre facture à 15 €. Vous ne payez que 15 €, le reste est pris en charge par le laboratoire. Certains programmes limitent les aides à 1 000 € par an, d’autres à 25 000 € - tout dépend du médicament. En moyenne, 45 % des programmes ont un plafond annuel, et 30 % un plafond mensuel, souvent entre 50 et 200 € par mois.

Les programmes de copay assistance concernent surtout les médicaments de spécialité - ceux qui traitent le cancer, la sclérose en plaques, ou les maladies rares. 68 % de ces aides sont dédiées à ce type de traitement. Et 85 % des médicaments de spécialité proposent aujourd’hui ce type d’aide.

PAP : pour les personnes sans assurance ou mal assurées

Les Programmes d’Assistance aux Patients (PAP) sont conçus pour les personnes qui n’ont pas d’assurance, ou qui ont une couverture très faible. Si votre revenu est inférieur à 200 à 400 % du seuil de pauvreté fédéral (soit entre 30 000 et 60 000 € par an pour une famille de quatre personnes), vous pourriez obtenir votre médicament gratuitement, ou à un prix très réduit.

Contrairement aux copay assistance, les PAP ne sont pas utilisés en pharmacie avec une carte. Vous devez remplir une demande, fournir des preuves de revenus (fiches de paie, déclaration d’impôt), une preuve de résidence, et une attestation médicale. Le processus peut prendre 45 à 60 minutes par programme. Certains demandent une réinscription chaque année, d’autres vous couvrent tant que vous remplissez les conditions.

Par exemple, le programme Cares de Teva propose certains médicaments à 0 € pour les résidents américains qui remplissent les critères. L’AAFA rapporte que pour le Dulera (un traitement contre l’asthme), les patients éligibles ne paient que 15 € par ordonnance, jusqu’à 12 fois par an - soit une économie maximale de 90 € par dose.

Famille remplit des formulaires d'aide médicale sur un ordinateur, avec un badge d'éligibilité vert.

La grande différence : pourquoi les PAP ne comptent pas pour votre assurance

Voici un point crucial que peu de patients comprennent : les aides des fabricants ne sont pas traitées comme une aide de votre mutuelle.

Si vous êtes sous Medicare Part D (le système d’assurance médicaments pour les seniors aux États-Unis), les aides des fabricants ne comptent pas dans votre dépense réelle hors poche (TrOOP). Cela signifie que même si vous recevez votre médicament gratuitement grâce à un PAP, cela ne vous rapproche pas de la couverture catastrophique. Vous restez coincé plus longtemps dans la « faille » de couverture, où vous devez payer tout de votre poche.

De plus, 78 % des programmes Medicaid (l’assurance santé pour les personnes à faible revenu aux États-Unis) interdisent l’utilisation des cartes de copay assistance. Pour eux, ces aides faussent le marché en poussant les patients à choisir des médicaments chers au lieu de génériques. Et même si vous avez Medicare, 62 % des PAP excluent les bénéficiaires de ce type d’assurance.

Les critiques : ces aides font-elles plus de mal que de bien ?

Les défenseurs disent que sans ces programmes, 2,3 millions d’Américains arrêteraient de prendre leurs médicaments à cause du prix. En 2022, les laboratoires ont fourni 24,5 milliards de dollars d’aides - pour 12,7 millions de patients.

Mais les critiques soulignent un problème majeur : ces aides encouragent l’usage de médicaments chers, même quand des génériques existent. Une étude publiée dans JAMA Internal Medicine en 2022 a estimé que cela augmente les dépenses totales de santé de 1,4 milliard de dollars par an. Les assureurs ont réagi en créant des « programmes de cumul des copayements » : ils ne comptent plus les aides des fabricants dans votre franchise. Vous payez toujours votre part, même si le laboratoire paie pour vous.

En 2024, 22 États américains ont déjà adopté des lois pour encadrer ces programmes. La Californie exige maintenant que les laboratoires publient le montant total qu’ils dépensent en aides. Et le gouvernement fédéral étudie une nouvelle règle pour imposer plus de transparence.

Scène divisée : un patient avec Medicare et un autre avec Medicaid, illustrant les différences d'accès aux aides pharmaceutiques.

Comment trouver ces aides ?

Vous n’avez pas besoin de chercher sur Google pendant des heures. Le Medicine Assistance Tool (MAT), géré par PhRMA, est une plateforme gratuite, confidentielle et simple. Elle recense plus de 900 programmes d’aide - des fabricants, des fondations, des ONG.

Entrez le nom de votre médicament, votre revenu, votre statut d’assurance, et le site vous montre quelles aides vous sont éligibles. Pour les copay assistance, vous téléchargez la carte et vous la présentez à la pharmacie. Pour les PAP, vous téléchargez le formulaire, le remplissez, et vous l’envoyez avec vos justificatifs.

Un bon conseil : ne vous découragez pas si vous êtes refusé la première fois. Les critères changent souvent. Vérifiez chaque année, même si vous avez été exclu l’an dernier.

Les limites : pourquoi ces programmes ne sont pas une solution durable

Les programmes d’aide sont une bouée de sauvetage, mais pas une solution structurelle. En 2023, 28 millions d’Américains n’avaient toujours pas d’assurance médicaments. Les PAP ne couvrent pas tous les médicaments. Et beaucoup de patients ne savent même pas qu’ils existent : seulement 37 % des personnes éligibles en ont entendu parler, selon une enquête du Patient Advocate Foundation.

De plus, ces aides peuvent renforcer les inégalités. Les patients avec une assurance privée peuvent bénéficier de cartes de réduction, tandis que ceux avec Medicaid ou Medicare sont souvent exclus. Les laboratoires ne sont pas obligés de les proposer. Ce sont des choix commerciaux, pas des droits.

Et pourtant, le marché continue de croître. Les analystes prévoient que les aides pharmaceutiques atteindront 38,2 milliards de dollars en 2027. Les fabricants les voient comme un outil de fidélisation - et aussi comme un moyen de rester compétitifs dans un marché où les prix sont de plus en plus surveillés.

Que faire maintenant ?

Si vous avez une ordonnance coûteuse :

  1. Consultez le site Medicine Assistance Tool avec le nom exact de votre médicament.
  2. Identifiez si vous êtes éligible à un copay assistance (si vous avez une assurance) ou à un PAP (si vous n’en avez pas ou si votre couverture est faible).
  3. Préparez vos documents : relevés de revenus, justificatifs de résidence, ordonnance signée.
  4. Ne laissez pas un refus vous arrêter. Essayez un autre programme, ou demandez à votre pharmacien ou à votre médecin d’aider à remplir les formulaires.
  5. Revenez chaque année. Les conditions changent, et vous pourriez devenir éligible.

Vous n’êtes pas seul. Des millions de personnes traversent la même épreuve. Ces programmes ne règlent pas le problème de fond - les prix des médicaments - mais ils peuvent vous donner le temps, et les médicaments, pour survivre.

Les programmes d’aide des fabricants fonctionnent-ils avec Medicare ?

Oui, mais avec des restrictions. Les programmes d’aide aux copayements ne comptent pas dans votre dépense réelle hors poche (TrOOP) pour Medicare Part D. Cela signifie que même si vous recevez votre médicament gratuitement, cela ne vous aide pas à sortir de la « faille » de couverture. Les Programmes d’Assistance aux Patients (PAP) sont généralement acceptés, mais 62 % d’entre eux excluent les bénéficiaires de Medicare. Vérifiez toujours les conditions spécifiques du programme.

Puis-je utiliser un programme d’aide si j’ai Medicaid ?

Pour les cartes de copay assistance, la réponse est non dans 78 % des cas. La plupart des États interdisent leur utilisation avec Medicaid, car elles sont perçues comme une incitation à choisir des médicaments chers au lieu de génériques. Pour les PAP, cela dépend du fabricant. Certains acceptent les bénéficiaires de Medicaid, d’autres non. Vérifiez directement sur le site du programme.

Comment savoir si mon médicament est concerné ?

Utilisez le Medicine Assistance Tool (MAT), un outil gratuit et fiable géré par PhRMA. Entrez le nom de votre médicament, votre statut d’assurance et votre revenu. Le site vous indiquera immédiatement quels programmes sont disponibles. 85 % des médicaments de spécialité proposent au moins un programme d’aide. Même les médicaments courants peuvent avoir des aides, surtout s’ils sont récents ou coûteux.

Les programmes d’aide sont-ils gratuits ?

Oui, les programmes eux-mêmes sont gratuits. Vous ne payez pas pour accéder à une carte ou à un PAP. Mais attention : certains programmes exigent que vous payiez une petite somme mensuelle (par exemple 10 € par ordonnance) pour bénéficier de l’aide. Ce n’est pas un frais d’inscription, c’est une contribution demandée par le fabricant pour s’assurer que vous utilisez le médicament sérieusement.

Puis-je demander plusieurs aides en même temps ?

Oui, si vous êtes éligible à plusieurs programmes. Par exemple, vous pouvez utiliser un copay assistance pour un médicament et un PAP pour un autre. Mais vous ne pouvez pas cumuler deux aides pour le même médicament. Vérifiez les conditions de chaque programme. Certains interdisent explicitement la combinaison avec d’autres aides.

Que faire si je suis refusé ?

Demandez une révision. Les critères changent souvent. Vérifiez si votre revenu a augmenté ou diminué depuis votre dernière demande. Contactez le fabricant directement - parfois un représentant peut vous aider à compléter votre dossier. Vous pouvez aussi demander à votre médecin ou à un conseiller en santé de vous aider. Enfin, explorez d’autres options : fondations caritatives, programmes d’État, ou organisations de patients.

Commentaires (7)

  • Maïté Butaije

    Maïté Butaije

    28 01 26 / 01:49

    Je suis ému par ce que tu décris. C’est fou qu’on doive compter sur la générosité des laboratoires pour survivre. 🙏 Mais au moins, ces programmes existent. Je me souviens d’une amie qui a dû choisir entre son traitement et le loyer… elle a choisi le traitement. Merci pour ce guide clair.

  • Lisa Lou

    Lisa Lou

    29 01 26 / 00:28

    ok mais franchement c’est n’importe quoi que les labos fassent ça… j’ai lu un truc sur twitter que c’était juste pour eviter les poursuites 😅

  • James Venvell

    James Venvell

    29 01 26 / 11:02

    Ah oui bien sûr, les pharma nous sauvent la vie… pendant qu’ils vendent leurs pilules à 5000€ le mois. C’est pas un système, c’est un spectacle de cirque. 🎪💸

  • karine groulx

    karine groulx

    31 01 26 / 09:13

    Les données présentées sont partiellement trompeuses. Les programmes d’aide aux patients (PAP) ne représentent qu’une fraction des coûts globaux des médicaments, et leur efficacité est largement surestimée par les médias. La transparence financière des laboratoires reste insuffisante, et les seuils de revenus sont arbitrairement définis. Il convient de s’interroger sur la légitimité d’un modèle où la philanthropie corporate remplace la politique publique.

  • Clément DECORDE

    Clément DECORDE

    1 02 26 / 23:01

    Si t’as un truc coûteux, va sur MAT. C’est gratuit, ça prend 10 min, et t’as souvent au moins un programme qui marche. J’ai aidé ma tante à obtenir son traitement contre le diabète à 15€/mois. C’est pas parfait, mais c’est mieux que rien. 👍

  • Anne Yale

    Anne Yale

    2 02 26 / 22:33

    En France, on n’a pas besoin de ça. On a la Sécurité Sociale. Alors pourquoi on parle de ce système américain ? C’est juste de la propagande pour dénigrer notre modèle. On n’a pas besoin de cartes de réduction de Big Pharma.

  • james hardware

    james hardware

    3 02 26 / 10:50

    Ne laissez jamais un refus vous arrêter. Si vous êtes malade, vous méritez de vivre. Faites le premier pas. Demandez à votre pharmacien. Envoyez le formulaire. Réessayez. Votre vie vaut plus que la paperasse.

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